Femme du monde


Extrait

« Elle se réveilla deux mois plus tard au quinzième étage d’un building en briques rouges de Lexington Avenue.
C’était le printemps. Dans la rue, les chromes des automobiles rutilaient. Un parfum de sucre cuit flottait sur les allées de Central Park.
Elle n’avait jamais vécu aussi haut, à hauteur d’oiseau, comme disait Peggy, qui l’avait persuadée d’emménager là, mais même à cette altitude elle se sentait enfermée et comme épiée.
On l’avait dénoncée, croyait-elle tout à coup, et aussitôt elle les entendait derrière la porte. Elle entendait leurs pas, leurs voix. Ils venaient la chercher. Ils allaient cogner, ils allaient l’emporter.
Ils lui avaient pris ses vêtements, ses cheveux et même mon nom. Ils ne lui avaient laissé que la peau sur les os. Et encore même pas. Sur ses os qui tremblaient ne couraient désormais plus que des frissons.
Le tic-tac de sa montre l’alertait. Elle sursautait au son de sa propre voix. Dehors elle fuyait ses reflets et dans l’appartement elle avait dû aveugler les miroirs de grands carrés de tissu noir.
Le logement que lui prêtait son amie Peggy se situait à l’angle de la 51ème rue, à deux pas des théâtres et à cinq minutes des pelouses de Central Park.
Mais à la cohue des premières, elle préférait le silence des allées désertes, tôt le matin, ou tard le soir. Il lui semblait qu’elle avait moins froid dehors que parmi la foule.
Elle passait ses journées seule et dehors. Elle traînait dans les rues, vagabondait dans le parc, puis revenait par les avenues marchandes. Elle n’y pouvait rien. Elle ne tenait plus en place. Au réveil, elle avalait un bol de thé et elle filait. Il fallait qu’elle sorte et qu’elle aille marcher.
Le midi, elle s’empêchait de manger au restaurant. Elle se nourrissait de fruits, d’un œuf dur ou d’un cake dans un snack.
Au restaurant, elle avait peur qu’on l’empoisonne. »


Dans la presse

« … Il ne faut pas tenter de résumer ce récit étonnant, d’une parfaite originalité… Le lecteur mesurera combien la psychologie réduite à presque rien et tout le pathos évacué, une émotion pure peut naître… Une petite et très compacte réussite littéraire… »

Patrick Kéchichian, Le Monde

« … Un petit bijou, un diamant…C’est un livre qu’il faut offrir le soir, le samedi soir dans les assiettes avant que les invités arrivent…Vraiment c’est un très, très beau livre… Une rencontre avec un auteur qui restera. »

Laurent Bonelli, France Inter

« … Un récit magistral et, en dépit de sa noirceur, traversé de lueurs fulgurantes… »

Claire Julliard, Le Nouvel Obeservateur

« … Un récit d’une belle densité dramatique… Si le mot n’était pas galvaudé, on évoquerait un petit chef-d’œuvre… »

Guillaume Chérel, L’Humanité


Didier Goupil             didier.goupil1@orange.fr            06.63.90.47.98

 

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