Le jour de mon retour sur Terre


Dans la presse

Dernières nouvelles du chaos

New York, 11 septembre 2001, 8 h 46 : des millions de gens sur la planète sont saisis d’effroi. Deux écrivains, Frédéric Beigbeder et Didier Goupil, restituent le drame dans sa brutalité, sans bavardage. Luc Lang, de son côté, a choisi, à tort, le commentaire.

(…) Didier Goupil, lui, ne dit ni le lieu ni la date. Il écrit un conte, une parabole, brève et percutante. Il sait qu’on le comprendra lorsqu’il précise que son héros, dans la « Ville Debout », arrive à 8 h 45 dans l’entrée de la tour et entend, à 8 h 46, « un bruit énorme ». Il est rescapé, mais ne rentrera pas chez lui. Il a survécu, et pourtant il est mort, il lui faut revenir sur terre, comme le dit le titre du livre, Le Jour de mon retour sur terre.

Dans cette ville, avant ce matin-là, persistait une innocence, l’idée que là, au pied des tours, on était inatteignable. C’est fini. Le président a beau crier que « la peur doit changer de camp », « tous, dans le fond, qu’ils soient remontés ou abattus, se rendent bien compte qu’ils ne sont plus très certains de leur perception du monde ».

          Comme Frédéric Beigbeder, Didier Goupil a senti qu’il ne fallait pas « parler du 11 septembre » mais plonger au cœur du chaos, et, surtout, éviter le bavardage (…)

Josyane Savigneau, Le Monde, août 2003

 

Des ténèbres viennent de s’abattre sur Terre. Un homme erre dans une nuit épaisse et toxique. Rescapé d’un drame qui paraît être celui du 11 septembre, il n’est pas rentré chez lui ce soir et n’y rentrera plus. La description de la Grande Tour a provoqué son propre effondrement.

A partir du désastre qui a inspiré plusieurs écrivains cette rentrée, Didier Goupil a construit un superbe roman sur le thème de la chute et de la renaissance. Car cet hymne funèbre s’achève sur une sorte de conte de Noël. L’auteur de  » Femme du Monde  » confirme son talent de styliste et son art du récit.

Claire Julliard, Le Nouvel Observateur

 

French Feel the Anguish in Books Inspired by 9/11

(…) Another 9/11 novel, « The Day I Returned to Earth » by Didier Goupil, also dwells on the human side of the drama, but his protagonist is a different kind of victim. The unnamed man, who is arriving for work in the north tower at 8:46 a.m. on Sept. 11, survives the terrorist attack but is unbalanced by the experience. Instead of returning home, he wanders the devastated streets of downtown Manhattan and becomes a vagrant, living off garbage cans and rainwater.

The narrative is interspersed with observations about the response of President Bush to the attack ‹ « He would like to have passed for the Messiah » ‹ and ruminations about a consumer society that creates what Mr. Goupil calls a « Great Tower of Gold » in its image. The homeless protagonist finally « returns to earth » when he meets a woman, another survivor, who has also chosen to sleep in the street because she, too, no longer believes that normality is possible.

Alan Riding, New York Times, Septembre 2003

 

Didier Goupil a signé un court roman à propos du 11 septembre qui est comme un manifeste imaginaire des survivants que nous sommes tous. «Le jour de mon retour sur Terre», publié au «Serpent à Plumes», raconte l’histoire d’un homme pris par hasard, au coeur d’une catastrophe qui ressemble comme deux gouttes d’eau à celle du 11 septembre même si on ne parle ni de cette date-là, ni des deux tours jumelles du WTC, ni de New York. Mais il s’agit bien de l’effondrement d’une tour sous l’attaque terroriste et celle-ci a lieu aussi à 8h46.

Il y eut «un bruit énorme», une montagne de poussières. «Les Ténèbres viennent de s’abattre sur Terre». «Comme Rome ou Babylone avant elle, la Ville Debout était dorénavant à genoux». Et parmi les gravats qui jonchent le sol il découvre «le torse carbonisé d’un homme qui venait de voler. Il eut l’impression d’avoir devant ses yeux le véritable cadavre d’Icare».

Un monde arrogant et insouciant s’était effondré. Et le narrateur comme nous tous, sommes des survivants à ce drame, survivants éclaboussés de cendres, marchant sans fin sur des routes et dans des parcs abandonnés.

Un monde s’est arrêté, celui de la puissance et de la sûreté de soi. Nous sommes entrés dans un univers de peur et de menaces malgré les imprécations du Président appelant à la vengeance. Le narrateur jette sa veste dans les décombres, avec son portefeuille et son portable. Il ne signale à personne qu’il est encore en vie.

Didier Goupil raconte son histoire si réaliste en y ajoutant les ingrédients du conte moral. La tour s’appelle «GOLD». Et le chef des terroristes se fait appeler «GOD» : le même mot à une lettre près. Et une vieille femme SDF interpelle le narrateur, le traitant de «DOG». L’or, le Dieu et l’homme redevenu chien.

Le 11 septembre devient un attentat contre notre insouciance. Après cela «tous, quels qu’ils soient, remontés ou abattus, se rendent compte qu’ils ne sont plus très certains de leur perception du monde. Ils ont l’impression d’une profonde confusion… l’impression que le sol s’est dérobé sous leurs pieds».

Survivant mais mort, le narrateur doit essayer de renaître. De revenir sur Terre, comme le titre le livre de Goupil et comme nous essayons tous de le faire depuis deux ans. Cette renaissance est lente et passe par la rencontre d’une femme et la naissance d’un enfant à 8h47 précisément. «L’enfant recouvert d’une sorte de peau grasse, d’une espèce de graisse qui tenait à la fois du savon et de la couenne de jambon, était particulièrement glissant en le serrant dans ses bras, il le colla contre sa poitrine, et même si c’était une drôle d’année, une bien drôle d’année pour devenir un homme, il lui souhaita bienvenue dans ce monde merveilleux».

Une fin bien ironique car Didier Goupil montre aussi comment le Président qui veut tant lutter contre la terreur est responsable lui-même des sécheresses incroyables et des inondations catastrophiques qui frappent son pays. Des gens étaient si occupés à regarder les inondations à la télé qu’ils n’ont pas vu l’eau monter dans leur maison qui les a emportés. Une métaphore des absurdités de notre société médiatique.

Le conte de Didier Goupil moins flamboyant que le livre de Beigbeder, plus humble que celui de Lang est par certains côtés, le meilleur livre sur le 11 septembre. Celui qui exprime le mieux la mort d’un siècle sous l’acte terroriste et la renaissance de survivants recouverts de poussières qui essaient quand même de sourire aux bébés qui naissent.

Guy Duplat, La Libre Belgique, septembre 2003


Didier Goupil             didier.goupil1@orange.fr            06.63.90.47.98

 

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